L’identité et la cuisine

—Juan Carlos Fernández

Les designers sont fréquemment des gens qui aiment cuisiner, et je ne crois pas que se soit une coïncidence. Il y a des parallèles clairs entre la planification, la préparation et le plaisir de déguster un bon plat et du design bien fait. 

Au début du processus, il y a des règles bien claires dans la préparation d’un repas. Lorsqu’on infuse notre té de la bonne manière, on évite l’amertume. Lorsqu’on dépose une pièce de viande sur le feu, on voit tout de suite comment les fibres se transforment. Si on respecte nos médiums, les résultats sont délicieux!

Une fois qu’on a compris les lois, on passe aux mélanges. C’est avec la combinaison d’ingrédients qu’on fait nos découvertes. On se rend compte que les qualités du basilic s’accordent à merveille avec celles des tomates, que se soit au niveau des harmonies gustatives ou de la beauté du rouge avec l’impact d’une touche de vert.

La bonne cuisine est issue de la relation entre les températures, les textures et les saveurs. Le bon design dépend aussi des liens bien tissés. Formes, couleurs, grandeurs et placement doivent tous être en accord.

On peut comparer un plat particulier avec la création d’un designer, mais on peut tout aussi bien faire des comparaisons sur le plan de l’expérience vécue dans le temps. Le monde de la cuisine nous offre la chance de vivre un repas en étapes. On nous sert un apéritif pour nous ouvrir l’appétit. De là, nous procédons à l’entrée, pour nous mener à la pièce de résistance. Comment est-ce que nos impressions se développent au cours du processus ? Que comprend-on de plus avec chaque bouchée ? Le design de l’identité d’une banque devrait se faire avec des considérations semblables en tête. On devrait réfléchir au processus d’une visite à la banque. Que voit-on en entrant? Comment est-ce que les couleurs, les formes et la lumière forment une impression de l’identité de la compagnie? Comment est-ce que les symboles nous racontent - peu à peu - une histoire?  

Mis à part le côté sensoriel, la cuisine sert évidemment aussi à nous nourrir. On réfléchit à nos choix d’aliments pour s’assurer qu’on a consommé se dont on a besoin pour être en santé. Notre visite à la banque doit aussi satisfaire nos besoins de base. Parfois, on a besoin de la rapidité d’une transaction internet. Comment se vit-elle? Comment est-elle différente de ce que l’on vit en entrant dans une succursale? Comment digère-t-on un envoi d’information de notre banque par la poste? Qu’est qui nous manque pour être rassasié. Tous ces types d’expériences nourrissent notre vision de la marque. 

Comprendre les règles, rechercher les expériences positives, développer le bon goût et comprendre les appétits sont des objectifs que les designers doivent avoir tant dans la cuisine que sur la planche à dessin. Donc la prochaine fois qu’on présentera notre carte d’affaires, peut-être qu’on devrait l’accompagner d’un souhait de « bon appétit ! »

Juan Carlos Fernández

Associé fondateur et directeur de création

Créateur de symboles et de métaphores, Juan-Carlos pousse le génie du design au-delà des sentiers battus à la découverte de nouvelles identités. Maintenant établi à Montréal, il continue d'exercer son influence bien au-delà des frontières du Mexique.

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